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La parité maintenant ! Emmanuelle Skyvington, Télérama

La parité maintenant ! Emmanuelle Skyvington, Télérama

Pourquoi les femmes ne réalisent-elles que 32% de docs sur les chaînes publiques?

Une nouvelle étude de la Garrd montre que sept documentaires sur dix sont réalisés par des hommes. Élizabeth Drevillon, sa présidente, analyse les résultats.

Alors qu’une table ronde se tient mercredi 19 janvier au Fipadoc sur la place des femmes dans le documentaire (« Et si on parlait d’elles ? »), le syndicat la Garrd (Guilde des auteurs-réalisateurs de reportages et documentaires) publie une étude portant sur la part des autrices-réalisatrices sur les chaînes publiques (France 2, France 3, France 5 et Arte). Pas de surprise : menée de septembre 2020 à septembre 2021, cette enquête met en lumière une prédominance masculine. Seuls 32 % des documentaires ont été réalisés par des femmes.

Deux genres s’avèrent particulièrement inégalitaires : seuls 16 % de documentaires d’« histoire » ont ainsi été tournés par des femmes sur France Télévisions (le chiffre tombe à 10,3 % sur Arte). En matière de « sciences et découvertes », les femmes ne sont présentes qu’à 8,7 % sur France Télé et 7,1 % sur Arte. Enfin, pour les documentaires de prime time (diffusés en première partie de soirée), le prestige ne se partage pas : sur France 2, aucune femme seule n’en a signé. Sur Arte, 3 femmes ont eu ce privilège (contre 41 hommes). Seul domaine où la parité semble de mise (40 % de femmes) : les documentaires de société. Analyse avec Élizabeth Drevillon, présidente de la Garrd.

Pourquoi avoir lancé cette étude sur la parité ?

À la Garrd, 63 % de nos adhérents sont des femmes. Nous savons donc qu’il existe un vrai vivier de femmes qui ont du talent et des compétences. Or elles sont souvent cantonnées à la consommation et aux sujets de société, à l’exception de la case du Monde en face (France 5), qui observe la parité et à qui je tire mon chapeau. Par contre, dans les cases d’investigation, histoire et science, les femmes n’existent pas. Même absence pour les prime times. Pourquoi une femme ne peut-elle pas avoir accès à ces créneaux sur France Télévisions ou Arte ? Nous ne comprenons pas pourquoi les femmes ne réalisent que 32 % des documentaires unitaires. À un moment, face à une réalité discriminatoire, il faut savoir dire « stop ».

“Avec la Garrd, nous voulons arriver, d’ici deux ans, à un équilibre entre 50 % de femmes et 50 % d’hommes. Un objectif tout à fait faisable.”

Quelles sont les pistes d’explication pour cette situation inégalitaire ?

Il s’agit bien d’un problème de discrimination systémique. Cela s’appelle du conservatisme et du patriarcat. Les femmes se heurtent à un plafond de verre et à des habitudes de réseaux de la part des décisionnaires. Je parle des producteurs et diffuseurs, car c’est eux qui tranchent et décident. Face à ces refus, les femmes en viennent à s’autocensurer et à ne plus proposer de sujets historiques ou scientifiques. Avec la Garrd, nous voulons arriver, d’ici deux ans, à un équilibre entre 50 % de femmes et 50 % d’hommes. Un objectif tout à fait faisable.

Pour parvenir à cet équilibre, la Garrd revendique des mesures fortes et radicales, dont l’instauration de quotas.

Oui. Prenons l’exemple de la parité dans la réalisation de fiction. Nos amis se sont battus et sont remontés de 5, 6 % à 30 % de femmes. Nous, nous sommes à 30 % et nous aimerions arriver à 50 %. Je ne vois pas pourquoi dans l’audiovisuel public il n’y aurait pas autant de femmes que d’hommes. Nous allons évidemment poursuivre, via notre comité de suivi, ce comptage chaque année. Et mener la même comptabilité sur les chaînes privées, ainsi que sur le reportage. Je suis évidemment prête à discuter de tous ces points avec Delphine Ernotte [présidente de France Télévisions, ndlr].

“Notre colère, c’est aussi de constater que des gens quittent ce métier face à la précarisation et la paupérisation.”

Votre syndicat, encore peu connu, s’est créé en septembre 2019. Dans quel contexte est-il né ?

La Garrd est née d’un coup de colère, lorsque, dans leur grande mansuétude, les syndicats de producteurs ont proposé aux réalisateurs un salaire minimum de 120 euros par jour ! Cela a vraiment remué, parce que les conditions de travail des réalisateurs sont particulièrement déplorables. Nous sommes, dans la création, la seule profession à ne pas avoir de salaire minimum garanti, alors que nos confrères du cinéma en ont un. Nous sommes rémunérés au forfait (60 % en salaire et 40 % en droits d’auteur), un usage qu’aucune loi n’impose. Or, vous pouvez très bien avoir un forfait correct, mais si votre film nécessite un an de tournage (aléas du terrain, retards divers…), certains collègues gagneront très très mal leur vie.

Cette situation ne peut plus durer. Notre colère, c’est aussi de constater que des gens quittent ce métier face à la précarisation et la paupérisation. Cela a été le cas avec le Covid. Beaucoup de gens se sont retrouvés sur le bord de la route. Or nous fournissons reportages, documentaires, décryptages à l’ère des fake news, connaissance… Nous sommes et devrions être considérés comme un pilier de la démocratie !

Quelles ont été vos premières actions après votre constitution ?

Avec la crise sanitaire, nous sommes entrés en négociation avec les partenaires institutionnels pour l’obtention du chômage partiel : c’était la première urgence. Puis nous avons aussi mis en place avec France Télé, les syndicats de producteurs et les représentants des auteurs (la Scam et la Boucle documentaire, réseau de 14 organisations d’auteurs-réalisateurs, structurées au niveau national et régional) une charte tripartite de bonnes pratiques, que nous allons signer au Fipadoc le 19 janvier.

L’objectif est de remettre le réalisateur au cœur de ses films. Je vous donne juste un exemple : afin qu’il y ait un meilleur contact entre le diffuseur et le réalisateur, on a obtenu que le premier visionnage [d’un documentaire en cours de montage, ndlr] se passe en présence de l’auteur. C’est quand même la moindre des choses.

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